La fin du labour ? Place à l’agriculture de conservation

L’augmentation de la population mondiale, la réduction des surfaces agricoles et la protection de l’environnement sont autant de problématiques auxquelles les stratégies agricoles tentent de répondre. L’agriculteur doit prendre en compte une multitude de facteurs afin d’évoluer vers des pratiques durables et productives.

Parmi ces pratiques, l’agriculture de conservation gagne du terrain – en France notamment. Définie par la FAO en 2001 lors du « First World Congress on Conservation Agriculture », à Madrid, cette agriculture a pour objectif de conserver la fertilité des sols agricoles, en les préservant contre les processus de dégradation qui peuvent les affecter, en particulier en luttant contre l’érosion. Pour faire simple, avec l’agriculture de conservation on redonne au sol un rôle premier dans la production végétale. Le sol n’intervient plus en tant que support des cultures mais en tant que milieu vivant de premier ordre.

La pratique de l’agriculture de conservation repose sur l’application simultanée de trois principes posés par la FAO.

Agriculture de conservation

Le travail du sol à minima

Si le labour, c’est-à-dire le retournement des sols, est un des piliers de l’agriculture conventionnelle, son utilisation sur le long terme peut conduire à une dégradation des sols. En effet, l’usage du labour de manière intense et répétitive entraîne une réduction de la matière organique, c’est-à-dire des éléments nutritifs pour la plante, et favorise  l’érosion des sols. Ainsi, l’agriculture de conservation vise à pallier à ce problème en utilisant des techniques qui conservent le sol, voire même en supprimant le labour, par exemple avec l’utilisation raisonnée de désherbants, ou bien de micro-organismes dans le cadre du biocontrôle.

Au-delà de la préservation de la matière organique, le « non-labour » permet également de limiter l’émission de gaz à effet de serre, par la séquestration du carbone dans la matière organique du sol, et une moindre consommation de carburant, le labour nécessitant de nombreux passages de tracteurs.

La couverture des sols

Le maintien des résidus de culture en surface du sol et l’implantation de couverts végétaux durant l’interculture sont des techniques essentielles de l’agriculture de conservation. Ce couvert végétal présente de nombreux intérêts : il protège le sol de l’érosion et fournit la matière organique indispensable à la plante grâce au développement des minéraux et de la biodiversité du sol.

La diversification des espèces cultivées

Associer ou effectuer des rotations culturales permet de protéger la plante et de lutter contre les maladies et ravageurs de manière durable. En effet, alterner les espèces cultivées sur une même parcelle de terrain permet de briser le cycle des pathologies qui affectent les plantes. La FAO précise que cela permet de valoriser les interactions entre les propriétés physiques et chimiques de différentes espèces végétales cultivées de façon alternatives ou associées sur une même parcelle.

L’agriculture de conservation, par sa gestion durable des sols, offre de nombreux bénéfices à l’agriculteur, qu’ils soient environnementaux (moins d’érosion des sols, développement de la biodiversité, diminution des gaz à effet de serre du fait de la séquestration etc.), économiques (réduction des investissements matériels et de la consommation d’énergie notamment) ou sociaux (amélioration de la qualité de vie des agriculteurs par la diminution de la pénibilité du labour, considération professionnelle du fait de techniques qui remettent l’agronomie au cœur de l’agriculture, etc.).

Au-delà du bénéfice pour l’agriculteur, ce modèle présente de nombreux intérêts pour l’ensemble de la population : elle permet de produire en plus grande quantité pour une population en croissance tout en répondant aux enjeux de l’agriculture durable.

 

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